Les Armées françaises ont décidé d’exclure Pasqal du programme quantique PROQCIMA, un choix motivé par plusieurs facteurs liés à la sécurité, la souveraineté technologique et la gouvernance financière post-cotation à Wall Street. Cette décision soulève des questions cruciales sur la compatibilité entre ambitions commerciales internationales et exigences militaires nationales. Voilà les principaux aspects qui expliquent cette exclusion :
- Les enjeux de souveraineté et de protection des technologies sensibles.
- Les implications du changement d’actionnariat après l’introduction en Bourse à New York.
- Le cadre réglementaire et contractuel désormais en vigueur pour Pasqal.
- Les conséquences pour le développement de la technologie quantique française.
Ce panorama permet de comprendre les raisons profondes de cette exclusion et ouvre sur une réflexion plus large quant à l’avenir de la défense quantique en France.
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Pourquoi les armées ont-elles exclu Pasqal de leur programme quantique stratégique ?
La décision des Armées françaises de mettre fin à la participation de Pasqal au programme PROQCIMA s’inscrit dans une logique de préservation de la souveraineté et de sécurisation des technologies quantiques jugées sensibles. Bien que Pasqal ait atteint les objectifs technologiques de la première phase, l’entreprise a été jugée trop exposée aux influences étrangères depuis sa cotation au Nasdaq, la Bourse new-yorkaise. Cet élément a fait naître un risque perçu de captation des innovations stratégiques, quelque chose d’incompatible avec les exigences de confidentialité et de maîtrise exigées par la défense nationale.
Pasqal est restée une société française, avec son siège basé à Palaiseau, et Bpifrance détient toujours 11,4 % du capital, assurant un contrôle partiel sur le transfert de technologies sensibles. Un accord signé avant la cotation interdit notamment tout transfert hors de France sans l’aval de Bpifrance pour les aspects les plus stratégiques. Pourtant, ce dispositif rassurant n’a pas suffi au ministère des Armées pour maintenir Pasqal dans PROQCIMA.
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La cotation new-yorkaise : un facteur déterminant pour la sécurité nationale
L’introduction de Pasqal au Nasdaq le 28 août 2026, avec une valorisation initiale autour de 2 milliards de dollars et une trésorerie portée à près de 313 millions d’euros, a changé la nature financière et juridique de l’entreprise. Cotée en Bourse américaine, Pasqal est désormais soumise aux régulations du marché américain, à un actionnariat international et à des exigences de transparence qui élargissent la diffusion des informations stratégiques.
Des cabinets d’avocats américains ont même ouvert des enquêtes pour vérifier si Pasqal aurait suffisamment informé ses investisseurs sur la perte de son contrat militaire, un signe de la complexité de concilier ces obligations avec les règles de confidentialité propres aux programmes de défense. Pour le ministère des Armées, cette situation fragilise la sécurité et la maîtrise technologique indispensable à un programme militaire.
Verrous réglementaires et contrôle du capital : des garanties insuffisantes pour la Défense
Avant la cotation, un accord spécifique a été signé avec Bpifrance, qui détient un droit de veto sur tout transfert hors de France de la technologie sensible et sur la propriété intellectuelle reposant sur des activités menées en Hexagone. Ce contrat, effectif pour quinze ans, prévoit que tout déménagement de laboratoires, de brevets ou d’équipes stratégiques nécessite une approbation explicite, notamment via la présence d’un administrateur Bpifrance au conseil.
Cependant, ces protections juridiques ne couvrent pas entièrement les risques de circulation d’informations, de gouvernance ou de contrôle du savoir-faire technologique. Le ministère redoute que la cotation à New York, en impliquant un important actionnariat américain et des obligations de communication publique, expose Pasqal à des pressions incompatibles avec la confidentialité exigée par un programme quantique militaire.
Les enjeux stratégiques et technologiques du programme PROQCIMA
PROQCIMA constitue un pilier de la stratégie quantique nationale française, avec un financement porté désormais à 358 millions d’euros pour la période 2024-2030. Le programme vise à développer des ordinateurs quantiques universels, tolérants aux fautes, capables de fournir des performances robustes et fiables à destination des applications défense.
Cinq entreprises, chacune utilisant une architecture différente, sont impliquées, avec une volonté claire d’aboutir à une industrialisation compétitive et souveraine. Pasqal, basée sur la technologie des atomes neutres, a démontré des avancées notables, mais son exclusion limite désormais la diversité des approches sur lesquelles les Armées s’appuieront.
| Entreprise | Technologie | Statut dans PROQCIMA | Financement jusqu’en 2030 (M€) |
|---|---|---|---|
| Pasqal | Atomes neutres | Exclue fin 2026 | – |
| Alice & Bob | Photons | En compétition | ~90 |
| C12 | Supraconducteurs | En compétition | ~90 |
| Quandela | Photons uniques | En compétition | ~90 |
| Quobly | Qubits topologiques | En compétition | ~88 |
La montée en puissance du programme, avec une ambition portée à 1 024 qubits logiques d’ici 2032, accentue une exigence de fiabilité, performances et sécurité au plus haut niveau, imposant un contrôle accru des risques liés à la gouvernance et au financement des acteurs.
Répercussions pour Pasqal et la recherche quantique civile
Après son exclusion de PROQCIMA, Pasqal oriente ses efforts sur des applications civiles et commerciales, en réponse à des demandes de soutien de la part d’agences gouvernementales non militaires, comme le Secrétariat général pour l’investissement et la Direction générale des entreprises. La société est également à la tête de Q-PLANET, un projet européen d’envergure de production de composants quantiques, doté de 50 millions d’euros et impliquant 28 partenaires dans onze États membres.
Cette orientation illustre la dissociation entre besoins militaires rigoureux en matière de sécurité et enjeux d’innovation ouverte à l’échelle continentale, où Pasqal conserve une place de premier plan.
Le dilemme stratégique des deeptech françaises face aux marchés mondiaux
La situation de Pasqal illustre le dilemme général des start-up deeptech françaises qui souhaitent accéder à des financements robustes à l’échelle internationale tout en conservant leur rôle dans des programmes liés à la défense nationale. La cotation au Nasdaq apporte :
- Une valorisation significative, illustrée ici par une capitalisation proche de 2 milliards de dollars.
- Des moyens financiers accrus : la trésorerie de Pasqal a presque triplé depuis la fusion avec un SPAC, atteignant environ 313 millions d’euros.
- Une visibilité internationale renforcée et une gouvernance adaptée aux marchés mondiaux.
Ces avantages pèsent cependant contre la complexité des exigences de confidentialité et sécurité imposées par les Armées, qui craignent un coût caché en termes de protéger la propriété intellectuelle et le contrôle des flux d’information.
Les deeptech font face à des choix stratégiques où l’exportation des capitaux doit être conciliée avec un maintien strict des garanties de sécurité, ce qui nécessite un cadre réglementaire encore à définir pour conjuguer ambitions économiques et besoins militaires.




